Arrivé sur Nintendo Switch en mai 2019, Sword Art Online : Hollow Realization est la dernière itération vidéoludique de l’un des animés les plus connus.

Célèbre pour avoir démocratisé le genre de l’Isekai, Sword Art Online continue de jouir auprès du public d’une excellente image à la hauteur de la qualité (relative) de ses différentes saisons.

S’il n’est pas question d’aborder ici l’animé, c’est bien de l’une de ses (nombreuses) adaptations vidéoludiques à laquelle nous allons nous attaquer.

Cet opus arrive donc sur la console hybride de Nintendo (après une sortie initiale sur PsVita) dans une « Deluxe Edition » comprenant l’intégralité des DLC parus à ce jour. Le titre vous promet donc de vivre l’expérience VRMMO la plus dense à ce jour… Ou pas.

Editeur(s)
Bandai Namco
Sortie France
24 Mai 2019
PEGI
+12 ans
Liens Site Officiel
Support de test Nintendo Switch

 

Un vrai scénario d’animé

Sword Art Online : Hollow Realization vous met dans la peau de Kirito qui, une fois n’est pas coutume, décide de tester un « nouveau » VRMMO. Mais pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit ni plus ni moins que… d’une copie de SAO.

Mais rapidement, lui et son harem groupe d’amis vont faire la rencontre d’un PNJ qui, contrairement aux autres, ne dispose d’aucune statistique. Le jeu étant encore en version BÊTA, Kirito va naturellement reporter ce bug aux développeurs afin de les aider à peaufiner leur titre et… ah, non. Il essaie de l’aider. Pourquoi il essaie de l’aider ? Mais… C’est un PNJ… Et il bug.

Bref. Kirito et son crew, très étonnés de constater que leur nouvelle « amie » virtuelle n’ait aucune personnalité ni la moindre quête scénarisée « comme c’est censé être le cas » (notez les guillemets, c’est important), vont chercher des indices tout en la dissimulant aux yeux des vilains développeurs qui veulent corriger leur jeu (bande de monstres).

Je ne spoilerai rien de plus de l’intrigue. Non pas parce que cette dernière va de surprise en rebondissement ; mais tout au contraire à cause de sa platitude crasse et de son manque d’originalité éhonté. Vous êtes, très littéralement, devant l’histoire d’un thriller un peu nanardesque. Sauf qu’un épisode de l’animé ne dure que 24 minutes, génériques compris. Il n’est pas destiné à s’étaler durant des heures entières.

Sans la moindre velléité de proposer une quelconque histoire, Sword Art Online : Hollow Realization s’effondre de plus sur les frêles bases de sa propre « intrigue » en moins d’une demi-heure à cause d’une erreur tellement énorme que nul ne peut être passé à côté : Aucun PNJ ne dispose ni de stats ni de quêtes annexes.

Comment est-il humainement possible que des créatures dotées de conscience aient eu l’outrecuidance de ne pas se rendre compte qu’un scénario qui tient littéralement sur un post-it soit totalement contredit par le gameplay ?

Le pire étant que Reki Kawahara, l’auteur originel du manga, a lui-même participé activement au projet. Ça aurait dû être là gage de qualité, tant dans l’écriture de l’intrigue que des divers dialogues. On aurait à minima été en droit de s’attendre à autre chose qu’une vague idée mille fois resucée balancée à la va-vite contre le mur de l’inventivité.

La mise en quoi ?

Pour vous proposer une intrigue aussi qualitative(ment déplorable), les développeurs ont mis les petits plats dans les grandes poubelles.

Véritable expérience cinématographique, Sword Art Online : Hollow Realization dispose de pas moins de DEUX séquences animées (calmez votre émoi s’il vous plaît), soit l’introduction et le générique de fin.

Pour vous dispenser sa logorrhée insipide durant le(s) reste(s) de l’intrigue, les développeurs ont plutôt choisi une autre voie : des images fixes et des GIF animés. L’absence de vie dans les dialogues se fait cruellement ressentir dans la moindre petite « cinématique » digne des pires Visual Novels imaginables. Même certaines productions indépendantes réalisées sur Ren’Py insufflent plus de vies, comme c’est le cas dans Long Live The Queen !

Dire qu’un RPG triple A signé Bandai Namco, adaptation d’une licence à succès, parvient à l’exploit de faire moins bien qu’un jeu développé par une seule personne est une honte.

Sword Art Online : Hollow Realization vous impose donc des cinématiques d’action consistant à vous montrer une image fixe, suivi d’un fondu au noir fort de nombreux bruitages et d’une voix hurlant « le monstre fonce droit sur nous ! », avant de revenir sur une nouvelle image fixe et d’un texte de type « quel combat épique ! ».

Littéralement toutes les « cinématiques » et autres phases de dialogues sont basées sur ce modèle d’économie de bout de chandelle, dissimulant la moindre séquence qui ne soit pas possible d’animer sur deux trames.

Visuellement discutable

Mais continuons sur le plan graphique en parlant un peu de technique. Le résultat global est moyen pour de la Switch… surtout pour de la Switch, d’ailleurs.

Sans doute toujours dans une optique d’économies, Bandai Namco a fait le choix non assumé de vous livrer un portage pur et simple de la version PsVita du titre. Ce n’est donc pas devant un jeu optimisé que vous vous trouvez, mais littéralement sur un titre qui accuse son âge et se soumet aux limitations techniques d’une console trois fois moins puissante que celle de Nintendo.

Si les environnements peuvent être assez vastes et fort jolis, si le design global des protagonistes et des armures est sympathique ; vous ne pouvez jamais vous départir du sentiment que « quelque chose cloche ». Et ce quelque chose est trop énorme pour ne pas être constaté, même par les yeux les moins expérimentés :

Le clipping. Omniprésent pour l’ensemble des éléments, que ce soient les décors ou les personnages. Constat déjà présent dans la quasi-intégralité des jeux de la firme sur console portable, certes ; mais ici à un niveau réellement gênant et frustrant.

Régulièrement, vous allez passer des dizaines de minutes à chercher l’un de vos compagnons en ville afin de faire avancer l’intrigue… sauf que ce dernier n’apparaît qu’à la condition d’être littéralement collé dessus.

Ajoutez à cela des temps de chargement ubuesques entre les zones ; et vous comprendrez qu’il est particulièrement ardu de tenir l’aventure sans jeter sa console par la fenêtre.

Mais ce n’est pas le seul défaut de ce Sword Art Online : Hollow Realization. Il faut y adjoindre un aliasing qui pique sévèrement, des textures baveuses et trop compressées, des environnements souvent vides… en bref, une version PsVita upscalée sans la moindre petite évolution, sinon le prix.

Enfin, il est important de faire un point détaillé concernant le level design.

Voilà, passons à la suite : il n’y en a pas. Aucune originalité dans les niveaux, aucun sens de l’esthétique du gameplay, rien. Tous les environnements sont des successions de couloirs plats et mornes plus ou moins vides.

Sword Art Offline

La véritable originalité de ce Sword Art Online : Hollow Realization n’est donc clairement pas dans son scénario ni dans ses graphismes. Quid du reste ? Peut-être que le contenu peut le sauver de la perdition ?

C’est certes bien mieux. L’expérience Sword Art Online: Hollow Realization est plaisante manette en main, et la promesse est en grande partie tenue : les sensations du MMO sont bien là, assez similaires à ce que vous pouvez retrouver dans .hack.

Entendez par là que l’univers a été conçu et pensé comme un MMORPG japonais traditionnel : la ville sert de hub central dans laquelle vous allez pouvoir accepter des milliers de quêtes annexes totalement insipides via un tableau d’affichage central.

Il ne vous reste plus qu’à vous diriger vers la zone concernée, de récolter les matériaux ou de vaincre les monstres, puis de rentrer pour récupérer la récompense.

Comme dans tout bon MMO, ces quêtes sont particulièrement inintéressantes, dénuées de mise en scène ou d’un quelconque intérêt. Pourtant, c’est dans l’exploration que repose le cœur du jeu. Et sur cette partie, force est de constater que les développeurs se sont surpassés.

Il n’est pas rare de croiser d’autres groupes d’aventuriers, simulant ainsi la vie d’un jeu en ligne. Ces derniers se baladent, accomplissent des quêtes, combattent des monstres et autres mini-boss. Chaque rencontre est criante de réalisme, bien qu’il soit malheureusement impossible d’interagir avec eux.

Concernant les ennemis, là encore la simulation est irréprochable : ces derniers peuvent lâcher du loot via une table de récompense de nouveau très similaire à ce qu’on peut retrouver dans les MMO. Il est donc intéressant de les combattre encore et encore pour découvrir des éléments cosmétiques ou des équipements particulièrement rares et puissants. Ces parties de gameplay sont indubitablement plaisantes. Le jeu se montre fluide et dynamique et sait apporter un bon côté stratégique lors de ses batailles les plus retorses. Il est par ailleurs indispensable de se constituer une équipe équilibrée de Waifu diversifiée.

Pour une fois, avoir un tank, un healer, un buffer et un DPS est réellement utile dans un jeu simulant le MMO. Devoir se faire un groupe soudé est ici bien plus qu’une impression ou une velléité de roleplay ; mais bien une obligation en soi afin de pouvoir progresser.

Cerise sur le gâteau, il est possible d’attribuer votre rôle de prédilection à votre avatar, ne le contraignant ainsi pas à ainsi être l’éternel DPS à l’épée.

Si vous avez été attentif jusqu’ici, sans doute vous demandez-vous par quel miracle Kirito peut ainsi changer de classe sans briser l’intégralité de la diégèse de l’animé ? Eh bien voilà le cœur du plus gros problème de Sword Art Online: Hollow Realization

FAITES. UN. MMO !!!

Dès le lancement du titre, vous êtes invité à créer intégralement votre protagoniste personnalisé. L’outil est d’ailleurs plutôt complet et permet quelques facéties fort appréciables. D’ailleurs, il est également possible de créer un héros masculin ou féminin, une première dans la licence. Libre à vous ensuite de déterminer sa classe.

Ce qui, visiblement, contredit totalement le scénario de ce Sword Art Online: Hollow Realization. Comme dit en première partie, vous incarnez en effet Kirito…

La supercherie débute dès cet écran. Ou, pour être plus précis, lors de la sélection de la voix de votre protagoniste. Vous avez en effet le choix entre celle de Kirito et… aucune. Vous avez bien lu : un seul choix de doublage, et exclusivement masculin.

C’est alors que la partie débute, par un tutoriel insupportable fourni en didacticiels capillotractés et totalement incohérents.

Passer cette première épreuve, le cœur du scénario s’offre à vous. Vous découvrez donc Kirito rencontrant le fameux PNJ évoqué plus haut. Puis Kirito discute avec ses amis. Kirito explique le but des prochaines quêtes. Kirito, Kirito, Kirito…

Mais où diantre est le personnage que vous vous êtes éreinté à créer ? L’idée merveilleuse du titre, c’est de ne vous permettre d’incarner votre héros QUE durant les phases de gameplay. Pour tout ce qui a trait, de près ou de loin, au scénario ; seul Kirito compte. Vous n’existez tout simplement pas.

Car jamais Sword Art Online: Hollow Realization ne sait sur quels pieds danser et, au bout d’un certain temps, la supercherie n’est plus possible : d’un côté une équipe de développement souhaitait visiblement faire un MMORPG inspiré librement de la série, de l’autre Bandai Namco a choisi de leur imposer d’appliquer la skin SAO à leur projet.

Une fois plongé dans l’aventure et ce constat réalisé, il est extrêmement délicat de ne pas souffrir d’être en présence d’une créature difforme, sorte de monstre de Frankenstein assemblé à la va-vite et sans cohérence aucune.

Deux histoires vont donc se jouer en parallèle : celle de Kirito et ses amis devant sauver ce fameux PNJ… et un MMORPG offline dans lequel vous incarnez le personnage que vous avez créé.

Bien entendu, il est impossible de juger l’un sans l’autre, puisque le jeu vous rappelle continuellement que l’histoire qui vous est racontée est celle de Kirito et non la vôtre.

Et cela amène forcément son lot de problèmes. Ainsi, si le titre dispose de toute une partie romance vous permettant de finir en couple (et littéralement au lit) avec l’ensemble de vos compagnons ; vous ne pouvez jamais vous départir de l’idée… que c’est finalement Kirito qui trompe Asuna sous ses yeux. Y comprit possiblement avec sa propre demi-sœur.

De même et plus sobrement, eu égard de la chronologie dans laquelle le jeu se place, il est impensable de débuter l’aventure avec des liens aussi faibles avec ces compagnons, puisqu’ils forment littéralement l’équipe de Kirito… qui est d’ailleurs censée à ce moment-là être mariée à Asuna justement… et que le scénario animé insiste énormément sur ce point !

J’aime

L

L'expérience MMO-offline

L

Un gameplay fluide

L

Demande de la stratégie lors des combats

L

D'excellentes idées lors des phases d'exploration

J’aime moins

K

Toute la partie scénaristique avec Kirito

K

Une œuvre hybride qui ne fonctionne pas du tout

K

Rien de plus qu'un portage du jeu PsVita

K

Des problèmes techniques majeurs

K

Aucun level design

K

Un hub central vide

K

Des quêtes insipides