King’s Bounty II est le tout dernier titre du studio de développement russe 1C Entertainment. Sorti en août 2021 sur Xbox One, PlayStation 4, Nintendo Switch et PC ; ce dernier vient d’arriver dans une version Next Gen il y a quelques jours à peine.

L’occasion rêvée de redoré le blason d’un monument du genre malheureusement fort mal reçu à l’époque.

Editeur(s)
Prime Matter
Sortie France
14 Septembre 2023
PEGI
+16 ans
Liens Site Officiel
Support de test Xbox Series

Le devoir du Roi

King’s Bounty II est un RPG tactique au tour par tour très original, puisqu’il vous permet de vivre son intrigue via trois angles très différents. Dès le lancement, vous avez le choix d’incarner Aivar le Mercenaire ; Katharine la Magicienne ou Elisa la Paladine. Trois héros atypiques disposant chacun de leur classe, compétences et, surtout, personnalité.

Les événements qui vous sont racontés dans le titre suivent certes une même ligne directrice, mais n’espérez pas vivre exactement la même aventure en fonction du protagoniste que vous décidez d’incarner, de leurs conséquences mais aussi de vos choix.

Chacun dispose de son propre background, est motivé par des dessins qui lui sont propres et l’on conduit vers les événements narrés dans le jeu. Elisa se retrouve en prison après tentée de mener une révolution, Aivar est un traître et Katharine s’est fait doubler à la tête de sa maison par son neveu, qui de plus l’accuse de comploter contre le Roi.

Par cet artifice très simple, King’s Bounty II parvient à immerger le joueur dans un scénario particulièrement réussi et prenant, d’autant que vous ressentez les effets de vos décisions immédiatement.

Cependant, la ligne directrice du scénario est radicalement la même. Outre quelques (rares) moments spécifiques à chacun des héros, le studio a choisi de centrer les conséquences sur le personnage principal et non le monde qui l’entoure.

Une idée diablement efficace et qui donne au titre ses lettres de noblesse. Votre héros est avant tout un solitaire, fort de ses propres velléités et préoccupations. Le destin du monde est certes entre ses mains, mais jamais il ne le fera passer avant ses propres intérêts.

Réussite narrative totale, King’s Bounty II met en exergue les conséquences d’une même situation au prisme de personnalités différentes, comme pour vous rappeler que vos décisions ont toujours plus d’importance sur vous-même, plutôt que sur les autres.

Après un long tutoriel au sein d’une zone cloisonnée, vous découvrez un Open-World superbe, dense et incroyablement riche. Que ce soit via les quêtes annexes, les événements ou simplement les villages grouillants de vie qui jalonnent votre parcours, King’s Bounty II ne laisse pas indifférent.

Il est d’ailleurs particulièrement agréable de suivre ces fameuses missions secondaires, tant elles sont mises en scène avec brio. Si les objectifs en eux-mêmes sont assez fades et consensuels, c’est par l’intermédiaire de personnages toujours impliqués et d’une écriture soignée que ces dernières prennent vie.

Une question de point de vue

King’s Bounty II appuie cette narration centrée sur votre héros via un système d’alignement particulièrement intéressant. En effet, au gré des niveaux, vous allez glaner des points à dépenser dans quatre arbres de compétences spécifiques : ordre, force, finesse et anarchie.

Chacun se dote d’une jauge d’expérience qui lui est propre, de sorte que ce sont vos actions au cours du jeu (et à fortiori vos décisions lors des dialogues) qui vont directement influer sur la manière dont votre personnage progresse.

Bien que chacun des trois protagonistes débute avec des points déjà attribués, libre à vous de l’orienté comme bon vous semble, même si cela s’éloigne de son archétype de base.

Ainsi l’Ordre s’axe sur l’unité entre vos troupes et les soins, la Force sur les dégâts et la défense, la Finesse sur tout ce qui a trait aux arts occultes et, pour terminer, l’Anarchie qui détermine le loot, la vitesse et autres contre-attaque.

Le titre vous incite fortement à ne pas vous spécialiser dans un seul et unique arbre ; et à raison. Dans le cas contraire, l’alignement de votre personnage (ainsi que sa personnalité) sera unilatéral, vous contraignant à des choix scénaristiques qui parfois ne vous plairont pas.

De plus, et c’est là le coup de maître de King’s Bounty II, les unités que vous pouvez recruter sont également liés à un alignement spécifique.

Unités désunies

Tout le principe du titre repose donc sur ce système d’alignement fort ingénieux. Mais King’s Bounty II n’est pas un RPG comme les autres, c’est un RPG tactique. À l’instar d’un Heroes of Might and Magic, votre héros ne prend pas directement part aux affrontements.

Pour vous défaire des hordes d’ennemis qui se dressent sur votre route, vous allez devoir recruter diverses unités. Et là encore, le système d’alignement est au cœur de cette mécanique.

Chacune est liée à l’un des quatre piliers précités. Leurs compétences en combats, ainsi que leur efficacité sont directement affiliées à ces fameux arbres. De plus, si vous décidez d’emmener avec vous des troupes éloignées de votre ligne de conduite, ces dernières risquent de ne pas vous obéir.

Pis encore, recruter des soldats d’alignements différents peut entraîner des conséquences dramatiques lors des affrontements. Elles seront moins efficaces, n’en feront qu’à leur tête ou pourront même prendre la fuite.

Rapidement, vous découvrez un corollaire assez important entre ces alignements et les troupes en question. Ainsi, un soldat de l’ordre fera moins de dégâts qu’un mercenaire axé sur la Force, mais en contrepartie bénéficie d’un bonus de défense.

Et plus le jeu avance, plus les choix d’unités se montrent restrictifs. Force et Anarchie sont, par exemple, les seuls archétypes qui peuvent vous amener à recruter des monstres, l’ordre est particulièrement riche en soigneurs de qualité, là où la Finesse va vous apporter des magiciens dévastateurs.

L’idéologie que vous décidez de suivre va donc influer sur les troupes capables de vous suivre et, par corolaire évident, sur vos capacités en combat. Il peut être particulièrement utile donc d’axer votre progression sur deux archétypes au plus.

Les affrontements s’effectuent au tour par tour, sur de petites cartes aux cases hexagonales. Au début de chacun, vous pouvez librement disposer vos troupes dans une zone de départ dédiée, avant de passer au cœur de l’action.

Comme dit plus haut, votre héros principal ne peut pas participer directement aux affrontements, sinon ses sortilèges. Sa présence est cependant nécessaire, puisque la majorité de ses statistiques et compétences influent directement sur vos unités.

Le reste est somme toute très classique : chacune de vos unités dispose d’un nombre précis de points de mouvement pour se déplacer, de compétences actives et passives et d’une portée prédéterminée. Ils peuvent également infliger plus de dommages en prenant l’ennemi à revers.

L’ingéniosité de ces affrontements réside principalement dans les soins et le nombre de vos soldats. Ainsi, une troupe de lanciers comporte trois hommes d’armes. Leur barre de vie est de fait segmentée en trois. Si leur santé descend en dessous d’une de ces limites, l’un d’entre eux périt et ne peut être soigné.

Autrement dit, si vous souhaitez résister sur la durée, il faut savoir reculer ou placer en défense certaines unités, afin d’éviter que l’un d’entre eux ne décède. Dans le cas contraire, il vous faut impérativement en recruter d’autres.

La gestion de son armée est donc primordiale dans King’s Bounty II ; de même que les stratégies à mettre en place pour éviter de tout perdre. Particulièrement ardu, le titre aurait sans doute dû bénéficier d’un peu plus de peaufinage concernant cette courbe de difficulté en dent de scie.

De même, le choix de placer l’action dans un Open World se montre parfois particulièrement délétère, tant il est aisé de s’éloigner du sentier principal et de tomber sur des ennemis surpuissants.

Plaine, oh ma plaine !

King’s Bounty II est un titre atypique à bien des égards. Inspiré du folklore russe, il brille particulièrement dans cette version optimisée pour consoles de nouvelle génération par une réalisation saisissante.

Si le titre était déjà fort joli à l’époque, il est ici magnifié par une distance d’affichage largement supérieure et des effets de lumières à couper le souffle ; le tout rendant enfin hommage à une direction artistique particulièrement réussie.

L’un des principaux reproches faits en son temps à King’s Bounty II concernait la lenteur de déplacement de votre héros. À pied ou à cheval, l’exploration prenait une éternité, d’autant que chaque lieu était entouré d’un brouillard de guerre assez désagréable.

Désormais, votre exploration se fait au prisme de landes enneigées, de montagnes dardant le ciel de contreforts rocheux, des hautes tours de châteaux oubliés.

King’s Bounty II est un enchantement, poétique et onirique, prenant place dans un décor médiéval fantastique peaufiné avec brio.

Question bande-son, le résultat est particulièrement mitigé. Ou, pour être plus précis, les musiques sont de qualité et suivent à la perfection la qualité visuelle du titre.

Cependant, les doublages sont eux particulièrement mauvais… du moins en anglais. Si vous avez raté l’expérience à cause du manque d’implication des comédiens, je ne saurais que trop vous conseiller de relancer une partie en passant la langue audio en russe. Le jeu prend alors une forme bien différente et remplit tous ses objectifs.

J’aime

L

Une écriture de qualité

L

Des combats tactiques vraiment prenants

L

Un système d’alignement au cœur de l’expérience

L

Des personnages principaux impactants

L

Graphiquement superbe

L

Une D.A. sublime

L

Des musiques envoûtantes

L

Un doublage russe parfaitement dans le ton

J’aime moins

K

Des temps de chargement encore un peu longs

K

L’impossibilité d’explorer tous les alignements dans une même partie

K

Un scénario au final assez classique et qui nuit à la rejouabilité