Trompe-la-mort

Typhon, violentes apparitions et boucles temporelles

Date de publication
4 août 2026

Trompe-la-mort est un manga de Shotarou Taguchi paru aux Éditions Le Lézard Noir le 08 Avril 2026. Traduit par Alexandre Fournier, il se compose de 224 pages.
Typhon surnaturel
Un typhon frappe une petite ville japonaise. Ce dernier semble porteur d’une force mystérieuse : des entités étranges apparaissent subitement, la capitaine de l’équipe de volley s’évanouit face aux horreurs qui surgissent devant elle et s’en remet à Kiryûin pour la protéger.

Les jours se succèdent de la même manière : les deux lycéennes rentrent à pied après leur entraînement et découvrent toutes sortes de créatures effrayantes qui les impactent (tête arrachée, corps réduit à une ombre, etc…). L’héroïne préfère fuir, tandis que Kiryûin, impavide, les frappe de plein fouet. À chaque fois que la jeune fille se retrouve dans des situations extrêmement délicates, Kiryûin lui vient en aide pour la sauver.

Le déroulement des chapitres déconcerte : la capitaine (qui n’est jamais nommée) est censée mourir, endure toutes sortes de déformations et de phénomènes étranges ; et pourtant, la même finalité se répète, encore et encore, à ceci près que le décor varie. Poupée dénuée de bras, silhouette de femme qui se rapproche de page en page, cadavre empêtré dans des fils électriques… Les situations s’enchaînent à travers des chapitres très courts. Il faut attendre un long moment avant de trouver un sens dans cet imbroglio d’apparitions troublantes. Le typhon a bel et bien frappé et de lui découlent deux réalités : celle de l’héroïne, alitée, et la seconde dans laquelle elle fuit en se servant de Kiryûin comme bouclier. Cette superposition est intéressante et aurait mérité une narration plus fine. Car, pour un lecteur qui se contente du résumé et des premiers chapitres, il risque de ne pas aller plus loin et de passer à côté de cette révélation. Cependant, ce final aurait dû se situer… à la fin ! Car, si on comprend que ces deux réalités coexistent, les chapitres reprennent après ce sursaut scénaristique pour conserver exactement le même format et la fin n’apporte rien, hélas.

Trompe-la-mort est difficile à classer. Entre horreur, psychologie, violence gratuite et burlesque. Kiryûin est brutale et n’hésite pas à cogner des enfants ; en l’occurrence, des apparitions, certes, mais le choc demeure.

Les proportions des personnages laissent à désirer tandis que les apparitions sont beaucoup plus appliquées. C’est un manga difficile à décrire, qui intrigue tout d’abord par sa couverture, suscite de l’intérêt par son scénario, mais déroute par son format court qui enchâsse les chapitres sans fournir la fin que l’on attend. L’auteur, qui a créé de nouveaux chapitres 4 ans plus tard pour son œuvre, n’est pas fermé à l’idée de publier une suite.

Pour ceux qui mettent de côté l’absence de cohérence scénaristique (par exemple : les deux jeunes filles meurent et reviennent à la page suivante sans que cela les choque particulièrement), les phases horrifiques sont intéressantes visuellement parlant.

La scène durant laquelle l’héroïne se réveille en boucle avec Kiryû à ses côtés m’a plu. Son amie, dans son monde, a une apparence légèrement différente. Puis, au fur et à mesure des réveils, les mêmes dialogues se succèdent tandis que le body horror prend le pas, jusqu’à ce que Kiryû devienne Kiryûin. Les frontières s’estompent dans cet univers. Le lecteur doit se fier à ce que l’héroïne voit, vit, traverse. C’est très déconcertant et aurait mérité plus de profondeur dans l’écriture pour en faire une perle rare.

Conclusion :

Typhon, violentes apparitions et boucles temporelles

Trompe-la-mort
4,5/10

Trompe-la-mort est un manga déroutant : sa narration abstruse ahurit, mélangeant horreur et burlesque en se passant d’explications durant de longs chapitres. Hélas, la fin n’apporte pas les éclaircissements que le lecteur attend. L’auteur publiera peut-être une suite qui posera le point final tant attendu.